Séquence #12 : collecter, détourner, lutter du 18 septembre 2026 au 14 mars 2027

Pour cette douzième séquence, le Lavoir Numérique et la Maison de la Photographie Robert Doisneau unissent leurs voix afin de célébrer le bicentenaire de l’invention de la photographie et de prendre pleinement part à la commémoration nationale organisée par le ministère de la Culture. Un tel anniversaire méritait naturellement une place de choix dans la programmation de nos deux établissements, l’un consacré à la photographie, l’autre à l’audiovisuel actuel.

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Pour cette douzième séquence, le Lavoir Numérique et la Maison de la Photographie Robert Doisneau unissent leurs voix afin de célébrer le bicentenaire de l’invention de la photographie et de prendre pleinement part à la commémoration nationale organisée par le ministère de la Culture. Un tel anniversaire méritait naturellement une place de choix dans la programmation de nos deux établissements, l’un consacré à la photographie, l’autre à l’audiovisuel actuel.

Il y a deux siècles naissait un procédé inédit d’« écriture avec la lumière » : l’héliographie mise au point par Nicéphore Niépce en 1826. Cette invention allait profondément transformer notre manière d’appréhender le monde, de le comprendre et de le représenter. Devenue, avec l’essor de la presse illustrée dans les années 1920, le média moderne par excellence, la photographie s’est ensuite imposée comme l’un des principaux modes de communication contemporains, jusqu’à devenir aujourd’hui un langage universel, partagé à l’échelle de la planète via nos smartphones.

La photographie traverse ainsi deux siècles de civilisation, investissant toutes les sphères de l’activité humaine : artistiques, sociales, économiques, scientifiques, techniques et même spirituelles. À l’instar de l’écriture, de l’imprimerie, du Web ou, aujourd’hui, de l’intelligence artificielle, son invention constitue l’un de ces grands bouleversements qui ont redessiné durablement l’histoire des sociétés. Sans elle, il n’y aurait ni cinéma, ni télévision, ni, plus largement, cet univers audiovisuel qui est désormais notre environnement quotidien. Notre rapport au monde en serait radicalement différent.

L’exposition présentée par la Maison de la Photographie, consacrée à l’œuvre de Kwame Brathwaite, rappelle combien ce médium s’est affirmé, au fil de son histoire, comme un puissant vecteur d’idées et un acteur majeur des transformations sociales, politiques et culturelles. À travers le regard militant de Kwame Brathwaite, l’exposition montre comment, dès les années 1950, la photographie a contribué à faire émerger et reconnaître une esthétique noire autonome (le Black is beautiful) dans une Amérique traversée par les luttes pour les droits civiques et l’égalité.

En écho à cette exposition historique, celle du Lavoir Numérique se tourne résolument vers l’avenir et interroge le devenir de l’image photographique. Intitulée Trier le monde, elle explore les profondes transformations qui affectent aujourd’hui la photographie, deux cents ans après son invention. Que devient en effet l’image alors que l’intelligence artificielle et les datasets — ces immenses ensembles de données qui nourrissent les algorithmes — redéfinissent les conditions mêmes de sa production et de son interprétation ? Entre héritage documentaire et nouvelles fabriques du visible, cette exposition questionne la capacité de la photographie à témoigner du réel et à préserver ce statut de preuve qui a longtemps fondé son autorité et sa crédibilité.

Avec ces deux expositions complémentaires, le Lavoir Numérique et la Maison de la Photographie Robert Doisneau invitent ainsi à parcourir l’histoire et le futur des images photographiques, à naviguer entre mémoire et prospective, engagement et innovation. Cette programmation rappelle surtout que la photographie, loin d’être un médium figé, demeure un territoire vivant où se jouent encore aujourd’hui notre rapport au réel, à la vérité et au monde.

Michaël Houlette